Michel Witasse
Par Michel Witasse
NEMESIS
Non, je n’entre pas…
Deux univers en superposition qu’on essaie de faire composer mais que tout oppose et qui n’est pas fait pour les humains. Je ne veux pas être ce promeneur solitaire, impalpable, dont les barrières canalisent le trajet direct vers la sortie évanescente.
La cité et le cimetière sont certes esthétiquement équilibrés dans une composition rassurante. Les lignes et les courbes assurent une harmonie satisfaisante pour l'œil, facilitant une lecture en profondeur ; on traverse les plans, de la terre au ciel, du bas vers le haut, on traverse ce pont suspendu de gauche à droite vers l’arche dont les voiles brimées et arrimées ne serviront jamais à naviguer et on revient visiter ces agencements d’immeubles qui s’entrecroisent et se prolongent dans un lointain indéfini. La palette oscille du vert au magenta, mais le vert n’est pas d’espoir : le végétal y est rare, dépouillé, mort, et le magenta artificiel n’est guère chaleureux. En fin de lecture on reste sur l’arche annonçant le déluge.
On reconnait évidemment immédiatement les lieux photographiés, mais la construction enlève tout rapport à la réalité. Ce n’est pas un cimetière urbain, ce n’est pas une cité sépulcrale, c’est une méditation sur l’état du monde gouverné par l’argent et la volonté de profit, c’est une réflexion sur un désastre annoncé.
Le message est clair. Le monde des affaires ne fait ni dans la tempérance ni dans la modération mais plutôt dans l’orgueil et la démesure. Le désordre et le chaos qui en résultent mettent en marche un destin nécessairement tragique. Le ciel et les enfers s’invitent à la Défense. Le ciel contre attaque et dépêche ses nuées, les enfers sont en marche et comment leur travail de sape.
Courage, fuyons !
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