Michel Witasse
Par Michel Witasse
APOCALYPSE NOW
Ça y est, encore une bulle spéculative qui vient d'éclater, là, devant nos yeux, en "pleine pastille".
Il fallait s'y attendre, avec ces géants du CAC 40 qui se télescopent, se chevauchent sans pitié, s'achètent et se rachètent à coups de milliards instantanément claqués dans l'espoir de plus-value juteuses. Quelle opposition entre cette agitation arrogante et le monde paisible du bas, là où la poussière est retournée à la poussière … mais poussons la métaphore:
Déjà la fumée de ce nouveau clash se répand, coule son âcreté mortifère là où rampent les sans-grades. Combien de morts, cette fois, alors que le cimetière de Neuilly regorge déjà de tous ces "petits" qui sont systématiquement les premiers à tomber sur les champs de bataille des magnats de la haute finance internationale?
Voyez comme la Grande Arche, seule à préserver quelque chaleur dans ce monde froid et impitoya-a-ble comme le chantait "Dallas", voyez comme elle semble impuissante, rongée par le CNIT. N'aurait-elle pas intérêt à mettre les voiles dont son concepteur l'a pourvue?
Voyez la sobre tour du fond. Elle semble encore à l'abri de la voracité des molosses voi- sins, mais elle doit espérer très fort qu'il n'y ait pas d'autres enlèvements dans la nigériane Arlit et que ne survienne pas d'autre catastrophe nucléaire de par le monde.
Voyez enfin ce qui semble bien être la seule présence humaine dans cette sinistre vision d'apocalypse, "présence humaine" étant un doux euphémisme, s'agissant de ce pauvre zombie qui avance sur la passerelle, en bas, à droite. Pas d'échappatoire, "no future", il va se diluer sous peu, disparaître corps et âme de cette composition dantesque si oppressante.
Mais il me faut m'arracher à ce cauchemar prémonitoire pour dire deux mots de mon ressenti spontané lorsque j'ai découvert ce travail de visionnaire habité. Mon œil s'est d'emblée focalisé sur la fumée blanche au pied de la tour centrale, comme s'il cherchait là une planche de salut qui le soustrairait à l'indicible. Mais on ne se soustrait pas à cette photo, si ce n'est à six pieds sous terre, en bas, à gauche, juste avant que tout ne se casse la figure.EPADatri, EPADatra !
Raymond Rapp
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