• Romançoires

     

    Romançoires

     

     

    De la musique avant toute chose, si j'en crois Verlaine, ça ne doit pas sentir l'ail de basse cuisine mais que ça fleure plutôt la menthe et le thym. Il faut rechercher la nuance, non la couleur, rien que la nuance, elle seule fiance le rêve au rêve et la flûte au cor.

     

    J'avais justement trouvé toute une collection de cors au château de Cesky Krumlov , il y en avait aussi au musée de Nürenberg. Et des instruments tout bizarres au musée de Céret et on en voit plein d'autres à la cité de la musique de Paris. Tous disent ce que l'homme a pu inventer et de quelles manières, pour faire chanter ses rêves, ses nostalgies, ses désespoirs et ses victoires. On tord les tuyaux, on y ajoute des clés, on élabore des mécanismes, on associe des pistons, mais il suffit aussi d'une mâchoire d'âne pour devenir percutant.

     

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    Le cor a gardé le nom de son origine animale, la corne dont on façonnait plutôt des trompes. Si l'on chassait à grand bruit, à cor et à cri, on ajoutait au cor le cri des chiens. Il y a dans le son du cor des relans de désespoir. Alfred mêlait les pleurs de la biche aux abois aux appels désespérés de Roland arrêtant les Maures. « L'âme du loup pleure dans cette voix » écrivait encore Verlaine. C'est encore un cor qui relaie la plainte du Tristan de Wagner attendant la nef, mais il est anglais celui-là, de bois, un hautbois en fa.

     

    J'ai entendu Rostropovitch dire à ses élèves pour le duo de violoncelle et de flûte à la fin du Don Quichotte de Richard Strauss que c'était un magnifique duo d'amour entre un homme et une femme. Jamais Dulcinée n'est présente chez Cervantes, mais au moment de la mort de Don Quichotte la flûte de Strauss la fait apparaître.

     

     

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    Pour inventer des histoires d'amour, n'est-ce pas mieux que la Dulcinée soit fictive, Iseult lointaine, Juliette séparée de Roméo ? Évidemment le trouble de la rencontre est le premier choc : "Elle se troubla en lui disant bonjour et il fut troublé de son trouble. La conscience de se conduire comme deux amoureux les troubla plus encore et la conscience de leur trouble finit de les troubler ... » (L'Amour aux temps du choléra - Gabriel Garcia Márquez) mais les gens heureux n'ont pas d'histoire ; l'impossible est préférable pour la vibration, c'est peut-être pour cela qu'on écrit la musique en noir et blanc, en noires et blanches, ce qui n'empêchent pas les sons de se nuancer de couleurs. Gildas Bourdet a un très joli mot pour évoquer les histoires d'amour sur un mode musical, qui vous balancent le cœur et vous chavirent la raison, il appelle ça des romançoires d'amour.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    op. 75     04/06/2020