• Faut-il chasser le satyre ?

     

    Cornu comme un bouc, des sabots au bout des pattes, ithyphalliques ;  on croyait qu'il ne coursait que la nymphe. Qui a vu une nymphe a peut-être vu un satyre. Personnellement je n'en ai jamais vu, sinon dans ce musée de Stuttgart. Chose étrange, il n'y a pas de satyres femelles. Arrivait-il aux nymphes de reproduire des satyres ?

     

    Faut-il chasser le satyre ?

     

     Dans l'antiquité on intercalait des pièces satyriques entre les tragédies. Leur spectacle clownesque, comiquement pathétique, reposait des destins inexorables. Les satyres, dans les cortèges de Dionysos, tentaient de prouver que l'ivresse peut être mère de sagesse et que l'on pouvait trouver une bonne raison de vivre dans la sensualité exubérante.

     Obscènes, grossiers et vulgaires, jouant des mauvais tours, ils ont l'avantage de faire rire et de faire oublier nos malheurs quotidiens. Ils deviennent indispensables dans les épisodes pandémiques. On en trouve encore certains spécimens chez les animateurs de radio ou de télé.

     D’après Nietzsche, Le satyre est un génie naturel qui représente «la vérité et la nature dans toute leur force», en totale opposition avec le gentil pastoureau jouant du pipeau devant son troupeau ou avec le grave bourgeois civilisé, confiné.

     Cette paysanne, elle, a reconnu le vil séducteur, vrai fils de Satan. Et Pan sur le satyre, elle se déchaîne avec fureur à le faire fuir. Elle brandit son fuseau bien garni, symbole de sa féminité vertueuse pour en battre ce male-otru.

     On ne sait comment finit l'histoire, à mon avis sans cesse recommencée. Le satyre a pris des formes diverses et même invisibles ces temps-ci, il n'en est que plus pernicieux. Des bataillons de femmes sont en première ligne pour mener le combat, je pense à toutes les infirmières dévouées et combatives. Elles ne sont pas seules évidemment, mais il faut saluer leur courage.

     Et nous pendant ce temps-là, on sauve le monde... en restant chez nous !

     04/04/2020