• À couper le souffle !

     À couper le souffle

     À couper le souffle !

     Lamentation - Bronze de Käthe Kollwitz 1941       

    Tout en faisant mon entraînement quotidien avec l'ambition d'augmenter mes capacités respiratoires en vue du combat qu'il faudra bien mener un jour contre le corona, j'écoutais hier la 7° symphonie de Chostakovitch que propose Arte tv.

     https://www.arte.tv/fr/videos/094267-000-A/klaus-maekelae-dirige-la-symphonie-n-7-de-chostakovitch/

     Époustouflant ! Si vous voulez assister à l'étonnante et impressionnante victoire du virus sur le monde, écoutez donc à partir de la 7° minute, un bonne dizaine de minutes pour une invasion inexorable, d'abord insidieuse, puis violente, enfin brutale. Vous raterez les solos du piccolo, de la flûte, de la clarinette, du cor anglais etc. qui disent leur hébétude devant l'événement, leur incompréhension et la douleur de perdre la douceur de vivre.

     Magistral, puissant, à couper le souffle, à retenir sa respiration, les poumons sont atteints, mais pas seulement.

     Symbole tout d'abord de la résistance russe au nazisme, (« Pourquoi vous dis-je tout cela ? Pour que les auditeurs qui m'écoutent en ce moment sachent que la vie dans notre ville se poursuit normalement. ») la 7° est devenue une condamnation de tous les totalitarismes.

     L'histoire de cette symphonie est aussi surprenante. Composée en 1941, elle est dédiée à la ville de Leningrad envahie par les Allemands. Le concert à Leningrad même eut lieu en 1942, il fallut des trésors d'ingéniosité pour avoir le matériel d'orchestre suffisant et recruter des musiciens dans l'armée.

     C'est par microfilms que la partition est arrivée à l'ouest, en passant par l'Iran et l'Egypte. Elle connut immédiatement un grand succès à Londres puis à New York.

     

     « Lamentation »,Le bronze de Kollwitz est aussi de 1941, elle l'a réalisé à la mémoire d'Ernst Barlach, sculpteur, graveur et poète, interdit d'exposition par les nazis, puis réduit au silence. Elle aussi subit les mêmes tourments ; sa notoriété lui évita la déportation.

     Je l'ai photographié en janvier dernier, lors d'une exposition qui lui était consacrée au Musée d'art moderne de Strasbourg.

     

     A supposé qu'on arrive à éliminer le virus, il restera à combattre toutes ces autres formes de repli sur soi, de communautarisme, de dérives autoritaires justifiées uniquement par le goût du pouvoir, le profit à tout crin, le mépris de l'individu.

     Aujourd'hui c'est le dimanche des rameaux. On célèbre la nature verdoyante qui se régénère. Jésus entre solennellement à Jérusalem, acclamé par la foule. Promesses d'une vie en harmonie avec la nature et d'une victoire sur la mort.

     

    05/04/2020